Attachement & Allaitement

Le développement du processus d’attachement entre un bébé et sa mère:

Du côté du bébé :

Le lien d’attachement correspond à l’une des composantes du lien qui va se tisser entre un bébé et sa mère.

« La propension à établir des liens forts avec des personnes particulières existe dès la naissance et se maintiennent tout au long de la vie » [….] L’attachement est « actif du berceau jusqu’à la tombe » (Bowlby, 1988).
L’attachement est un besoin primaire et inné chez l’homme.

Selon Bowlby (1969/1982), nous possédons tous un système d’attachement inné, ancré en chacun de nous. Ce système d’attachement a évolué et répond à l’un des principaux problèmes de l’évolution :

« Comment augmenter les chances de survie d’une espèce pendant les années où elle est la plus vulnérable ? » (Simspon et Belsky, 2008).

Dès la naissance, le bébé va avoir à sa disposition, tout un répertoire comportemental inné lui permettant d’obtenir la restauration d’une proximité physique avec sa mère, lors des situations d’éloignement ou de séparation, à travers ses cris et ses pleurs: 

En 1969, Bowlby va décrire 4 catégories de comportements d’attachement innées chez le bébé :

  • Les comportements aversifs (pleurs, cris) qui amène le caregiver vers le bébé
  • Les comportements de signalisation (babillage, sourire) qui vont amener également le caregiver vers le bébé pour des échanges agréables et vont permettre de maintenir la proximité. (Ils sont spécifiques à l’attachement lorsqu’ils permettent le maintien de la proximité suite à un moment de détresse).
  • Les comportements actifs qui sont encore très immatures : il s’agit par exemple de la capacité à s’orienter vers les humains, à attraper ou à s’accrocher.
  • Et, enfin le comportement de succion qui était présent dans la version de 1969 de Bowlby, (mais qui a ensuite disparu dans celle de 1982). Il évoquait alors la succion du petit primate avec deux fonctions: nutritives et attachementiste=> Avec ce que l’on connaît aujourd’hui des liens entre allaitement et développement de l’attachement, on pourrait sûrement redonner au comportement de succion sa valeur fonctionnelle de comportement d’attachement.

A la naissance, un bébé n’est pas attaché à sa mère, mais il existe néanmoins une certaine continuité sensorielle par les environnements fournis par le corps maternel (thermique, sensori-chimique et rythmique) entre le prénatal et le postnatal, qui permet de construire « un pont » entre le dedans et le dehors, entre l’intra et l’extra utérin. Tout bébé peut être réconforté et apaisé par un adulte, mais il le sera un peu plus rapidement et un peu plus profondément par sa mère biologique, de part cette continuité biologique avec :

  • la prosodie (mélodie de la voix qui se module toujours de la même façon et que le foetus entend dans le ventre de sa mère),
  • les molécules aromatiques dans le liquide amniotique,
  • le rythme cardiaque

Tous ces éléments qu’il va pouvoir retrouver en extra utérin contre le corps de sa mère.

 » Il existe, bien qu’elle soit discrète, une orientation privilégiée, d’origine prénatale, du bébé vers ce qui est familier plutôt que vers ce qui est inconnu « (Leckman et al, 2005).

C’est ensuite, par la régularité, la constance et la qualité des réponses apportées au bébé par les adultes lorsqu’il en manifeste le besoin, que celui-ci va pouvoir progressivement s’attacher à ces figures.

La figure qui répondra de la façon la plus adéquate, continue et constante en lui apportant la proximité et la disponibilité lorsqu’il en exprime le besoin deviendra SA figure d’attachement principale.

Il s’agira donc de la figure qui lui procure le sentiment le plus intense de sécurité, de part sa proximité et sa disponibilité. Il s’agit généralement de la mère.

L’un des facteurs essentiel de la qualité de l’attachement du bébé à sa mère résidera dans la qualité des soins maternels apportés en réponse à ses besoins d’attachement.

> C’est ce que l’on va nommer sous le terme de «CAREGIVING».

Du côté de la mère :

→ Réponse aux besoins d’attachement du bébé : Bonding & Caregiving 

Le lien qui va s’instaurer entre le bébé et son caregiver (ici en l’occurrence la mère) va reposer sur 2 dimensions : le BONDING et le CAREGIVING.

♦ LE BONDING : (de l’anglais (to bond-> se rapprocher) 

Le bonding correspond aux sentiments chaleureux et à la sensation d’un lien spécial et unique que la mère va ressentir pour son bébé, juste après la naissance. Il va s’opérer durant un temps relativement court, à peu près d’une semaine.
C’est ce qui va notamment permettre à la mère de se sentir responsable de son enfant et l’amener à le protéger (Feldman, et al. 1999).

Le pic d’Ocytocine observé dans le 1er quart d’heure chez la mère après l’accouchement expliquerait le développement de ce lien de BONDING (Insel, et al, 2001 ; Guedeney et Al., 2008).

En effet, le bonding a une impulsion biologique très forte : c’est l’ocytocine de la parturition et de la lactation qui va le favoriser et qui va ensuite permettre de faciliter la mise en place et l’expression du caregiving. (Guedeney).

«Le bonding représente l’une des implusions biologiques au caregiving» (Carter 2005)

♦ LE CAREGIVING :

« Le comportement maternel de caregiving chez l’Homme se traduit par la recherche de proximité avec l’enfant, de toucher, de contact, de regard, de sourires, l’utilisation d’un langage enfantin, et la sensibilité aux signaux délivrés par l’enfant » (Klaus, 1998)

Le système de caregiving parental est un système réciproque, complémentaire au système d’attachement de l’enfant.

Le careviving étant l’une des dimensions du lien parent-enfant, il ne résume en aucun cas ce que peut être l’amour d’un parent pour son enfant. Un parent peut aimer très fort son enfant, ressentir un fort lien et ne pas être en capacité de répondre à ses besoins d’attachement…

Le système de caregiving peut se définir comme « un système d’alerte aux besoins des autres ». (George et Solomon, 1999).

« Le caregiving demande au parent de mettre à la disposition de son enfant toutes ses capacités pour l’aider à surmonter sa détresse ou sa peur, et à résoudre les défis auxquels il est exposé » (Marvin et Britner, 1999).

La notion de sensibilité maternelle aux signaux de l’enfant a été introduite par Ainsworth en 1978. Suite à de nombreuses observations, elle a alors pu décrire 4 grandes dimensions du comportement maternel pouvant expliquer les différentes modalités d’attachement des bébés à leur mère :

  • La sensibilité maternelle : perception plus fine des signaux de son bébé et interprétation non déformée par des mécanismes défensifs (ex: la maman sera convaincue que les cris et les pleurs de son bébé sont bien des signaux de communication et non pas des tentatives pour la manipuler). (Sears et Sears, 2001. )
  • La coopération : capacité de la mère à guider, accompagner le comportement du bébé plutôt de chercher à le contrôler.
  • La disponibilité physique et psychologique : capacité de la mère à rester en alerte et prêt à répondre au bébé si nécessaire.
  • L’acceptation des besoins du bébé : capacité de la mère à intégrer les sentiments positifs ET négatifs que déclenchent en elle son bébé et leurs interactions.

« Le niveau de sensibilité du caregiver semble être la cause proximale la plus importante dans la qualité du lien d’attachement » (Van Ijzendoorn, 1995).

Le déclenchement et l’expression des comportement de caregiving chez la mère vont dépendre d’une multitude de facteurs dont une dimension biologique avec des comportements et équipement innés, programmées, et une dimension plus psychologique avec les représentations maternelles, les facteurs sociaux et culturels et enfin l’état psychologique de la mère qui vont bien évidemment influencer, colorer la complexité des interactions avec l’enfant.

Bien qu’ils ne représentent pas des pré-requis indispensables pour élever et prendre soin d’un enfant, la grossesse et l’accouchement vont représenter des facteurs FACILITANTS le caregiving chez la mère.

« Des études récentes menés chez les primates et chez les humains suggèrent que les hormones peuvent expliquer en partie les changement de motivation à fournir des soins parentaux qui surviennent pendant la grossesse et le post-partum » (Maestripieri, 2001).

Et, « La mère étant la seule personne dont on peut penser qu’elle sera sûrement présente à la naissance de son enfant, il est logique que l’évolution lui a attribué un équipement biologique particulier  » (Hrdy, 2005)

Pour Insel (en 2003), c’est l’ocytocine qui constitue la base biologique de ces comportements maternels ; elle n’assure pas leur mise en place automatique, mais elle va réguler l’organisme de manière à favoriser au maximum leur émergence.

Rôle de l’ocytocine dans les comportements maternels de caregiving:

credit image: https://nospensees.fr/
  • L’ocytocine semble jouer un rôle spécifique chez les femmes en favorisant les comportements maternels les plus associés avec un nouveau-né et en favorisant l’établissement de la préférence (Leckman et al. 2005)
  • L’ocytocine intracérébrale est sécrété sous l’influence de divers stimuli sociaux qui incluent la simple présence d’un bébé : le contacts peau à peau, les mouvements de main du bébé, et le réflexe de succion (Nissen et al. 1995).
  • On sait également que l’ocytocine va interagir avec les systèmes de récompense/plaisir (dopamine et opiacés endogènes), ce qui va permettre de renforcer positivement le développement et l’expression du répertoire du caregiving (Carter, 2005).
  • L’ocytocine interviendrait également dans la modulation des réponses au stress, (via son action au niveau de l’axe hypothalamo-hypophyso-cortico-surrénalien), avec une moindre réactivité au stress et donc un effet calmant et anxiolytique (Tops et al. 2007) chez la mère.
  • Chez les mammifères, l’OT pourrait servir à gérer le stress maternel généré durant la naissance et le post-partum.
  • Elle inhiberait également le fonctionnement de l’amygdale, qui est impliquée dans les stimuli de menaces ainsi que les régions cérébrales impliquées dans le jugement social et la théorie de l’esprit pour les attributions négatives ; Cela favoriserait alors la diminution des réactions d’attaques colériques de défense et les attributions négatives sur le bébé (Debiec, 2005).

La place de l’allaitement dans le développement du caregiving chez la mère:

Pour Hrdy, 2002, « les bébés recherchent l’attachement à leur mère non seulement pour rester dans sa proximité, sous peine d’être soudain agressés par quelque chose, mais aussi pour prévenir le risque de retrait maternel sous ses formes les plus diverses ».

Pour elle, les bébés sont donc conçus pour s’assurer que le soin maternel reste permanent.
En effet, l’influence de l’allaitement sur le caregiving et l’attachement semble tout à fait pertinent dans une perspective évolutionniste, dans la mesure où un enfant au sein est un enfant certain d’être à proximité de sa mère (on y voit donc bien là une « fonction attachement » de l’allaitement)

Et, je cite Hrdy: « par le jeu des hormones notamment qui rendent la mère “dépendante de son enfant”, une mère présente le premier jour (puisque la nature a décidé de la sexualisation des soins de maternage dans notre espèce : c’est, en effet, la mère dont on est sûr qu’elle sera présente à la naissance) est plus susceptible de le rester le deuxième, puis le troisième, etc. » (2002).
En ce sens, l’allaitement et ses hormones permettraient d’éviter un possible retrait maternel.

Plusieurs études ont également pu mettre en perspective ce lien entre allaitement et qualité du caregiving de la mère:

  • L’allaitement bénéficierait à la mère et à l’enfant dans leur relation car la mère qui allaite reporte un niveau de stress plus faible, moins d’humeurs négatives et un niveau plus élevé de sensibilité maternelle. (Mezzacappa et Katlin en 2002)
  • Ces mêmes mamans percevraient aussi leurs nourrissons comme procurant plus de renforcement positif que les mères qui nourrissent aux biberons (Mezzacappa et Katlin en 2002)
  • Les mères qui allaitent sont aussi celles qui tiennent le bébé plus longtemps dans les bras, qui se sentent plus confiantes, expriment moins d’humeurs négatives et agressives après la tétée qu’avant (Baildman et coll., 2000)
  • Les dyades mère-nourrissons allaités consacreraient plus de temps à des interactions positives que les dyades au lait maternisé (Else Quest et coll., 2003)
  • Il y aurait un lien entre l’allaitement maternel et un meilleur fonctionnement psycho-social mère-nourrisson. D’après l’étude d’Else Quest et coll, à 4 mois, les mères allaitantes rapporteraient un niveau de sensibilité plus élevé, moins d’humeur agressive et seraient moins intrusives avec leurs bébés. De leurs côté, les bébés allaités obtiendraient des résultats plus faibles en ce qui concerne la dérégulation (anxiété, autorégulation, fréquence des changements d’humeur et organisation).
  • Une autre étude à mis en évidence que « parmi d’autres facteurs, l’allaitement peut protéger contre les mauvais traitements à enfants perpétrés par la mère, particulièrement contre la négligence » (Strathearn et Coll, 2009)
  • Et enfin, nous pouvons citer l’étude de Britton et Coll de 2006, qui démontre quant à elle une véritable corrélation entre allaitement maternel et sensibilité maternelle, et un lien probable entre allaitement et qualité de l’attachement.

L’allaitement aurait donc un réel impact sur l’humeur de la mère et sur la manière dont elle va interagir avec son bébé. Ces études semblent confirmer des différences entre dyades mère-enfant allaitantes et non-allaitantes. Cela pourrait notamment s’expliquer, comme nous l’avons vu précédemment par le « bain d’ocytocine » qu’induit l’allaitement maternel pour la mère et son bébé mais aussi de part les conditions de proximité et de familiarité qui sont spécifiques à l’allaitement.

Peut-on parler d’une «fonction attachement» de l’allaitement ?

Nous pouvons tout à fait envisager l’allaitement comme répondant à deux besoins primaires : le nourrissage et l’attachement. L’allaitement maternel répondrait donc à deux fonctions de survie pour le bébé : l’une nourricière et l’autre favorisant l’attachement.

Ainsi envisagé, nous pouvons alors nous interroger sur la durée et les modalités de cet allaitement qui va évoluer et s’adapter au fur et à mesure du développement de l’enfant et des besoins propres à chacun d’entre eux.
Le développement de l’enfant, son tempérament, son attachement à sa figure principale pourront influencer le sevrage au sein.

L’allaitement et le sevrage naturel pourraient alors être considéré comme l’expression d’un comportement normal, naturel, biologiquement programmé, et vécu plus ou moins sereinement, comme tout autre processus de développement de l’enfant.

Les études sur le sujet sont peu nombreuses, mais si l’on se réfère aux différents retours de mamans ayant vécu un sevrage dit « naturel », on peut observer que l’enfant va peu à peu se désintéresser du sein avec de possibles retours en cas de stress, de blessures, … comme pour s’assurer encore de la disponibilité de la mère comme base de sécurité. Puis, peu à peu, les tétées vont disparaître avec la diminution du besoin de proximité physique qui va laisser place au besoin, pour l’enfant, d’être simplement convaincu, assuré de la possibilité de maintenir l’attention de sa mère sur lui…

Pour conclure, les conditions spécifiques de proximité et de familiarité, ainsi que les modifications hormonales physiologiques liées à l’allaitement vont permettre de créer un climat émotionnel particulièrement favorable à la mise en place et maintien du caregiving en renforçant les comportements maternels de protection et d’attention portés au bébé tout en favorisant une meilleure interprétation des émotions.

La qualité du caregiving étant l’élément clé dans le développement d’un lien d’attachement sécure d’un bébé à sa mère, nous pouvons alors en effet supposer que l’allaitement revêt une véritable fonction attachementiste.

Sources et Références:

  • Guédeney N, Guédeney A. L’attachement : concepts et applications cliniques. Eds Paris : Masson, 2e édition ; 2006.
  • Tereno S, Soares I, Martins E, et al. La théorie de l’attache-
    ment : son importance dans un contexte pédiatrique. Devenir
  • Hrdy SB, Comment nous sommes devenus humains, Les origines de l’empathie, Edition l’instant Présent.
  • Bowlby J. Attachment and loss, T1. Attachment. New York, Basic
    Books. (1969/1982). L’attachement. Traduction française : J.
    Kalmanovitch, Paris, PUF ; 1978.
  • Saive, AL. & Guedeney, N. Le rôle de l’ocytocine dans les comportements maternels de caregiving auprès de très jeunes enfants. Cairn.info, p. 321-338.
  • Deprez, A. (2014). Attachement, allaitement, sevrage : y aurait-il une fonction attachement à l’allaitement ?. Spirale, 72(4), 79-91.
  • N. Guedeney, C. Lamas, V. Bekhechi, A.S. Mintz., A. Guédeney, Développement du processus d’attachement entre un bébé et sa mère (article) Elsevier Masson.

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