Comprendre les bases de l’attachement:

La théorie de l’attachement:

 

L’attachement se définit comme un lien affectif privilégié que le sujet va tisser avec une personne spécifique (la figure d’attachement) afin de trouver le réconfort nécessaire en situation de détresse (havre de sécurité) ; dans le but de réguler son équilibre interne (homéostasie) et se sentir de nouveau suffisamment sécurisé pour reprendre ses explorations (base de sécurité).

Il s’agit d’une théorie interpersonnelle, une théorie de la relation qui va s’établir progressivement lors de la première année de vie de l’enfant. Le bébé humain vient au monde en situation de néoténie et se trouve donc totalement dépendant de l’adulte « un bébé seul n’existe pas » … (Winnicott). Il est donc nécessaire de lui offrir un environnement relationnel suffisamment satisfaisant, en répondant à son besoin inné de proximité physique, afin de lui permettre de réguler son équilibre interne lorsqu’il se trouve en état d’alarme. La nature étant bien faite, le bébé est naturellement équipé dès la naissance pour informer sa figure d’attachement lorsqu’il se trouve en état d’alarme, grâce à ses pleurs et ses cris. Les pleurs et les cris ont donc une véritable fonction chez le bébé et pas des moindres : une fonction de survie de l’espèce ; Un bébé qui pleure exprime un besoin fondamental de recherche de proximité auquel il est indispensable de répondre. « […] la réponse du « caregiver » est indispensable pour assurer l’autorégulation du bébé » (Emde, 1989 ; Berger, 1974 ; Koop, 1982).

On ne laisse donc pas un bébé pleurer. Il est essentiel de rétablir la proximité, de répondre au besoin exprimé et de l’accompagner dans son émotion. La qualité du lien d’attachement que le bébé va établir avec sa figure d’attachement primaire (généralement la mère, mais pas nécessairement), ainsi qu’avec les autres personnes proches qui l’entourent (figures d’attachement secondaires) va être intériorisé (représentation intrapsychique) et conditionnera son modèle relationnel futur, qui sera à l’œuvre tout au long de sa vie, dans ses relations interpersonnelles. Il s’agit donc d’une théorie centrale de la relation interpersonnelle, une sorte de modèle qui va déterminer la façon dont chaque individu va pouvoir interagir avec ses pairs et explorer le monde qui l’entoure.

 L’attachement, un système motivationnel :

 

L’attachement va pouvoir s’observer à travers un certain nombre de conduites, de comportements. C’est pourquoi Bowlby parle de « système motivationnel ». « Le système d’attachement peut […] être intégré dans un champ plus vaste de systèmes motivationnels incluant aussi le système exploratoire, le système affiliatif […], le système peur-angoisse, le système de « caregiving », voire l’intersubjectivité. » (Dugravier & al. 2006). Chacun de ces systèmes motivationnels a pour fonction la survie de l’espèce. (L’attachement, Bowlby, 1969) Le système motivationnel d’attachement va permettre la recherche ou le maintien de la proximité d’avec un individu discriminé et préféré, afin de réguler son équilibre interne et se sentir en sécurité. Ces comportements d’attachement vont se construire au sein des interactions précoces que le bébé va entretenir avec ses figures d’attachements et se développer au fil du temps, suivant une séquence déterminée:

  • 0 à 3 mois: orientation et signaux avec une discrimination limitée des figures.
  • 12 à 24 semaines: orientation et signaux dirigés vers une ou plusieurs figures discriminées.
  • 6 à 36 mois: maintien de la proximité avec une figure discriminée par locomotion et autres signaux. • A partir de 36 mois: formation d’une relation réciproque ajustée quant au but (ou « partenariat corrigé quant au but »).
  • 3/4 ans : début de la compréhension de la temporalité, permet de mieux tolérer les séparations. Emergence des « comportements corrigés quant 6 aux buts » avec le développement de la communication. L’enfant devient capable d’adapter son comportement en prenant en considération les signaux et intentions des parents. La qualité de ce partenariat met en lumière la qualité de l’attachement.

Vers 9-12 mois le lien d’attachement va être élaboré et l’on va alors pouvoir observer le phénomène de « base de sécurité » à travers l’équilibre entre exploration et attachement. L’attachement se définira alors comme “un équilibre entre les comportements d’attachement envers les figures parentales et les comportements d’exploration du milieu” (Bowlby, 1978)

C’est donc dans la répétition des moments de vie et à travers la qualité (notamment la capacité à laisser les émotions négatives s’exprimer) et la constance des différentes réponses offertes par l’adulte, que va progressivement se construire ce lien d’attachement avec la figure d’attachement principale (la personne qui se sera occupé le plus de lui, de façon durable et continue, durant ses premiers mois de vie, notamment la nuit). Il pourra s’attacher à d’autres figures, mais il persistera une hiérarchisation dans ses différentes figures d’attachement. La figure d’attachement principale restera irremplaçable, spécifique et non interchangeable.

Les modèles internes opérants (MIO) :

 

La notion de « Modèle Interne Opérant » fait référence aux représentations mentales que l’enfant va pouvoir organiser progressivement à partir des caractéristiques de la relation établie avec sa figure d’attachement. La qualité et la constance des différentes réponses proposées par le « caregiver » au cours du développement de l’enfant auront une importance capitale dans la construction précoce de ces MIO. En effet, « ils sont le résultat des expériences d’apprentissage qui commencent à la naissance et qui se complexifient et se généralisent au cours de la vie ». (Guedeney & al, p45, 2015)

Ces représentations mentales généralisées resteront relativement stables dans le temps et donneront lieu à des modèles à propos de SOI (valeur personnelle) et des AUTRES (que puis-je montrer et attendre des autres lorsque je suis en état d’alarme ?).

Les autres systèmes motivationnels :

  • a) Le système de « caregiving » : Il s’agit d’un système qui fonctionne de façon réciproque au système d’attachement de l’enfant. De la même manière que le système d’attachement, il a pour fonction la survie de l’espèce. Le système de « caregiving » se caractérise par la capacité du parent à maintenir ou rétablir une proximité physique avec l’enfant, en répondant à ses besoins, et lui fournissant le réconfort nécessaire, lorsque celui-ci se trouve en état d’alarme. La qualité des soins apportés au bébé par le « caregiver » dépendra de la capacité de ce dernier à interpréter les signaux infra-verbaux, verbaux ou contextuels émis par l’enfant et à y répondre de façon appropriée et suffisamment rapide. Cela dépendra notamment de la sensibilité et de la disponibilité émotionnelle du « caregiver ». C’est par la « qualité » des réponses apportés par le(s) « caregiver(s) » : réponses appropriées, rapides, flexibles, adaptées au contexte, corrigées quant au but ainsi que la capacité du « caregiver » à laisser les émotions négatives s’exprimer, que le lien d’attachement va se construire ; lien qui pourra différer selon les « caregivers ».
  • b) Le système exploratoire : Le système exploratoire fonctionne de façon antagoniste avec le système d’attachement. Les deux sont étroitement liés. A la manière d’un thermostat lorsque l’un s’active l’autre s’éteint : l’enfant sera en mesure d’explorer son environnement si et seulement si, il se sent sécurisé. En revanche, lorsqu’il perd cette sécurité, son système d’attachement s’active et c’est le système exploratoire qui va se mettre en veille.
  • c) Le système peur-angoisse : Ce système correspond à la capacité de l’enfant à percevoir les signes attestant d’un environnement dangereux et non sécurisant. Il s’agit d’un système de vigilance ayant pour but le contrôle permanent de l’environnement par l’enfant pour assurer sa survie. Il est étroitement lié au système d’attachement, car l’activation de ce système provoque l’activation simultanée du système d’attachement provoquant une réaction de survie de la part de l’enfant (recherche de protection, sauvegarde).
  • d) Le système affiliatif (ou système de sociabilité) : Ce système se caractérise par le plaisir, la motivation à s’engager socialement et à interagir avec les autres. Ces relations aux pairs reflèteraient le style établi précocement avec les parents, bien que restant des liens distincts. Le système affiliatif « consiste à être en relation avec les autres pour partager des émotions positives dans la réciprocité [tandis que] le système d’attachement consiste, lui, à rechercher la proximité d’une figure d’attachement pour obtenir du réconfort ». (Dugravier & al, 2006)
  • e) L’intersubjectivité : Il s’agit d’un autre système motivationnel, développé par Stern (2004), lié au système d’attachement bien que parfaitement indépendant. Ces deux systèmes peuvent néanmoins se compléter et se renforcer : « les autres ne sont pas seulement un autre objet mais ils sont immédiatement reconnus comme un genre d’objet spécial, un objet comme nous, c’est-à-dire un sujet disponible pour partager des états internes […] Nous analysons naturellement le comportement de l’autre en termes d’états internes que nous sommes capables de saisir, ressentir, auxquels nous pouvons participer, et que nous pouvons donc partager » (Stern, 2004, cité par Dugravier & al, 2006) Ce système contribue à la formation et la cohésion des groupes (famille, société…).

Les différents types d’attachement :

 

Mary Ainsworth a mis en place la « Strange Situation » suite à son travail de recherche effectué en Ouganda puis ses observations de terrain aux Etats-Unis. Ce protocole appelé « situation étrange » est alors élaboré dans le but d’évaluer l’organisation de l’attachement et de l’activité exploratoire dans un cadre non familier et relativement stressant. Cette situation comporte des moments de séparations et de retrouvailles entre l’enfant et sa figure d’attachement ainsi que l’introduction d’une personne étrangère. Ces séparations/retrouvailles permettent d’observer la façon dont l’enfant utilise sa figure d’attachement comme une « base de sécurité » ; ce qui permettra de repérer différents styles d’attachement répartis selon différentes catégories.

Protocole expérimental de la « Strange Situation »
Patterns d’attachement:

a) Sécure : utilisation active de la figure d’attachement comme « base de sécurité » pour réguler ses émotions. L’enfant se sent suffisamment sécurisé en présence de sa figure d’attachement, pour partir explorer son environnement. Réconfort rapide après séparation et retour serein à l’activité exploratoire. → Dans la population générale, 60% des enfants ont un « attachement sécure » avec leur mère. Bonne utilisation de la figure d’attachement comme base de sécurité permettant une bonne exploration.

b) Insécure-évitant : enfant qui part explorer, en ayant très peu d’interactions et d’échanges affectifs avec sa figure d’attachement et une faible discrimination entre la figure d’attachement et l’adulte étranger ; Pas ou peu de recherche de proximité avec la figure d’attachement après séparation. Difficulté à retourner explorer car non régulation des émotions.

→ Dans la population générale, 20% des enfants ont un « attachement évitant ». L’enfant semble peu préoccupé par les séparations comme les retours de sa mère, ce qui indique une importante angoisse liée à l’indisponibilité de la figure d’attachement.

c) Insécure ambivalent (ou résistant) : enfant qui sollicite sa figure d’attachement pour obtenir du réconfort mais sans succès. Peu d’exploration, séparations très angoissantes, manque de confiance vis à vis de la figure d’attachement.

→ Dans la population générale on retrouve 10% d’enfant avec un « attachement de type ambivalent » caractérisé par une constante préoccupation vis à vis de la figure d’attachement ; la disponibilité comme les réponses données sont fluctuantes et incertaines.

Il est toutefois important de garder en tête qu’un attachement de type insécure n’est en rien pathologique et ne correspond pas à un trouble de l’attachement. Il ne s’agit là que de stratégies adaptatives du lien. Toutefois, l’insécurité dans 10 l’attachement peut rendre plus difficiles certaines compétences telles que la gestion des émotions et/ou des conflits, les relations sociales…

d) Désorganisé : un pattern d’attachement décrit plus tardivement qui se caractérise par des manifestations comportementales non dirigées, des comportements incohérent ou contradictoires, des postures de sidération, une expression de peur face à la figure d’attachement lors de la Situation Etrange.

→ L’attachement désorganisé touche 10% de la population générale. Il s’agit d’enfants qui ne peuvent retrouver aucun réconfort auprès d’une figure d’attachement et qui se caractérise chez l’enfant par une absence de stratégie cohérente. Dans ces cas là, la figure d’attachement est simultanément source de sécurité et source d’angoisse car elle peut générer de la peur et/ou de l’appréhension (situation de maltraitance, inversion des rôles…). L’enfant se trouve donc pris dans un dilemme insoluble entre le besoin de proximité et la nécessité de la fuir. Ce type d’attachement désorganisé représente un facteur de risque pour le développement de troubles psychopathologiques.

Source illustration: « study.com »

 

 

 

 

 

 

 

References: 
  • AINSWORTH M. : « L’attachement mère-enfant », Enfance. Tome 36, n°1, pp. 7-18, 1983 
  • AINSWORTH M.: « Object relations, dependency and attachment: a theoretical review of the infant-mother relationship », Child Development, 40: 969-1025, 1969.
  • AINSWORTH M., BLEHAR M., WATERS E., WALL S.: « Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation », Erlbaum, Hillsdale, 1978.
  • AHNET, L., PINQUART, M., & LAMB, M.E. « Security of children’s relationships with non-parental care: a meta-analysis », Child Development, 74, 664-679, 2006.
  • BELSKY, J. « La quantité du temps de garde et le développement émotionnel du jeune enfant »,Devenir 16, pp5-15, 2004
  • BERGER L.: From Instinct to Identity: the Development of Personality, Prentice-Hall, Englewood Cliffs, NJ, 1974.
  • BOWLBY, J (1988), « A secure base: Clinical applications of attachment theory », London: Routledge
  • BOWLBY J.: « The nature of the child’s tie to his mother », International Journal of Psycho-Analysis, 1958; 39: 350-373.
  • BOWLBY J., « Attachement et perte », L’attachement, PUF, Paris, pp.539, 1978.
  • DUGRAVIER N. d’amitié », Enfances & Psy
  • DUGRAVIER R., GUEDENEY N., & MINTZ A.S., « Attachement et liens d’amitié », Enfances et Psy, n°31, no.2, 2006, pp. 20-28.
  • EMDE R.: « The infant’s relationship experience: developmental and affective aspects », in SAMEROFF, EMDE (Eds.): Relationship disturbances in early childhood: a developmental approach, Basic Books, New-York; p. 70-94, 1989.
  • GUEDENEY N., GUEDENEY A. & al. « L’attachement: approche théorique », Les âges de la vie, 2015.
  • GUEDENEY N., GUEDENEY A. & al. « L’attachement: approche clinique et thérapeutique », Elsevier Masson, 2016
  • MILIJKOVITH, R. « L’attachement au cours de la vie », PUF, 2015
  • STERN D. : « Le monde interpersonnel du nourrisson », PUF, Le fil rouge, 1989 

  Credit photo illustration: leisabreed.com

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