Accueillir et accepter les émotions de son enfant

 Les émotions sont des réactions automatiques, brusques qui ont une traduction corporelle, physiologique évidente… 

En préambule, interrogeons nous sur ce que sont les émotions et sur la différence entre émotions et sentiments sachant que ces mots recouvrent tous les deux le domaine du ressenti. Face à un événement, nous éprouvons des ressentis et nous réagissons.

Les émotions sont des réactions automatiques, brusques qui ont une traduction corporelle, physiologique évidente. On parle d’émotions primaires ou émotions de base: il s’agit de la joie, la peur, la colère, la tristesse, la surprise et le dégoût.

Les sentiments, appelés aussi, émotions secondaires, sont plus élaborés et soumis à notre interprétation. Ils sont un mélange des émotions primaires.

L’adulte, à condition que son cortex préfrontal fonctionne correctement, peut réguler ses émotions fortes, ses impulsions et se contrôler.

L’enfant, à cause de son immaturité cérébrale, va manifester des comportements déconcertants et inquiétants pour les parents: des pleurs incontrôlés, de l’irritabilité imprévisible, des trépignements, des accès d’agitation, de colère, des hurlements…

Permettre à son enfant de se libérer de ses tensions … c’est tout simplement lui permettre d’exister … 

Cette expression des émotions de l’enfant est alors souvent difficile à comprendre, à accueillir et à accepter pour les parents. Parce qu’elle nous renvoie à nos propres émotions, sentiments (souvent fortement réprimés), parce qu’elle met notre patience à rude épreuve, parce qu’elle arrive souvent au « mauvais moment », parce qu’elle contrarie nos plans… parce qu’elle s’entend et qu’elle se voit, et que l’on est bien trop souvent tributaire du regard réprobateur et du jugement des autres.

Pourtant elle est tout à fait naturelle, saine, et surtout essentielle au bon développement de l’enfant. Permettre à son enfant de se libérer de ses tensions, lui offrir un espace propice à cette décharge émotionnelle c’est lui accorder le droit d’écouter ses ressentis, de s’exprimer, de s’affirmer, d’accepter ses propres sentiments et émotions (ce qui le constitue) c’est tout simplement lui permettre d’exister et de le revendiquer.

 On ne peut pas laisser un enfant seul face à son désarroi… 

Mais, laisser son enfant extérioriser ses émotions n’est pas suffisant. On ne peut pas laisser un enfant seul face à son désarroi. L’immaturité de son cerveau le rend particulièrement sensible et réactif à toutes les contrariétés de la vie, à tous les évènements qu’il ne parvient pas à gérer et qui le submergent d’émotions intenses qu’il n’est pas en mesure de contrôler.

Il est donc nécessaire d’être présent à ses cotés, de l’accompagner, de l’écouter et de se poser la question des raisons sous-jacentes à son comportement. Il va s’agir de faire preuve d’empathie, d’accepter, de reconnaître, de valider ses sentiments en mettant des mots justes sur ce qu’il vit, sans prononcer de jugement. En lui expliquant que l’on comprend sa colère, et qu’il a parfaitement le droit d’être triste, en colère, de pleurer ; En le rassurant sur nos sentiments, en le serrant fort dans nos bras et en lui rappelant qu’on est là pour lui et qu’on l’aime toujours aussi fort (importance du contact physique réassurant et contenant).

En revanche, il est inutile de demander à son enfant de se calmer, ou de tenter de le raisonner, parce que cette crise est justement sa manière de se calmer et qu’il n’est pas en mesure de réguler l’émotion qui le submerge : en effet, le système nerveux du jeune enfant surchargé déclenche cette réaction de décharge des tensions. C’est pourquoi, le contraindre à réprimer cette décharge émotionnelle, à le faire taire, reviendrait à nier son émotion, et par extension à nier l’individu qu’il est. « Consoler un enfant «chamboulé» participe à la maturation de son cerveau » explique Catherine GUEGUEN.

Il s’agira de privilégier l’intérêt et les besoins de l’enfant… 

Mais alors oui, il faudra prendre son mal en patience le temps que la crise s’apaise et que la souffrance s’évacue, alors oui, il faudra faire face aux regards réprobateurs des passants qui se diront intérieurement « pfff regarde moi ça, une bonne fessée et avec moi le petit serait calmé depuis longtemps », alors oui, il faudra puiser dans sa réserve de patience et d’empathie, alors oui, il faudra peut-être revoir le planning de la soirée… ALORS OUI, il s’agira de PRIVILEGIER L’INTERET ET LES BESOINS DE SON ENFANT plutôt que les siens.

Mais apprendre à écouter ce que cherche à nous dire notre enfant (à sa façon) et lui offrir empathie, soutien, reconnaissance, compréhension, respect de ses émotions et bien sûr, amour, c’est lui permettre de s’épanouir, de développer pleinement son potentiel, de développer sa confiance en lui et aux autres, de se respecter et respecter ceux qui l’entourent. Alors je pense que ça en vaut grandement la peine.

Un soir … il demande un petit gâteau, je n’en ai pas, et c’est la crise 

Un soir, je vais chercher mon fils à la crèche comme à mon habitude. Je le retrouve tout sourire, l’équipe m’explique que la journée s’est très bien passée pour lui, qu’il a été calme et s’est bien amusé. Il s’habille, prends ses affaires, puis nous nous dirigeons tranquillement vers la voiture. Mais, une fois arrivé à la voiture, il me demande un petit gâteau, je n’en ai pas, et c’est la crise. Il pleure, il hurle, refuse de s’attacher dans son siège-auto, tape sur le siège avant de la voiture… Les autres parents passent et me regardent d’un air compatissant pour certains, d’un air emprunt de jugement pour les autres.

Je suis pressée, fatiguée, mais je comprends vite que je vais devoir revoir mes priorités de la soirée. Je m’installe à l’arrière de la voiture, puis je l’accompagne dans sa souffrance, je l’entoure, le rassure : « je comprends que ce n’est pas facile pour toi ce soir, que la journée a été longue et que tu as besoin de te libérer de tout ce plein de tensions accumulées dans la journée. Si tu as besoin de pleurer, de crier vas-y, sors tous ce qui te fait mal et libère toi ». Je lui propose alors de venir sur mes genoux, puis j’attends que tout ce qu’il a besoin de faire sortir, s’évacue. Et comme toutes les crises passent au bout d’un moment, il retrouve progressivement son calme et nous rentrons sereinement à la maison.

Que s’est-il alors passé ?

Evidemment ce n’est pas un « caprice » pour un gâteau ! Il s’agit d’un trop plein de tensions, de sollicitations. Il s’est contenu toute la journée pour se conformer à ce que l’on attendait de lui, et en fin de journée la cocotte explose. Une fois maman arrivée (sa figure d’attachement principale), il se sent le droit d’exploser, de se vider, de se laisser aller. Par ce comportement, il me témoigne par là-même une grande confiance, car il se sent libre de se montrer tel qu’il est, car il sait que mon amour pour lui est inconditionnel.

une bonne grosse claque devant ses camarades, et il se tiendra à carreaux 

 Malheureusement sur le terrain, on constate que beaucoup ne semble pas encore prêt à remettre en question l’éducation qu’ils ont reçu pour faire évoluer la leur auprès de leurs enfants. Combien de fois ai-je entendu des réflexions humiliantes telles que « t’es pas belle quand tu pleures » ou profondément sexiste du genre « on dirait une fillette » ou encore violente comme «  une bonne fessée lui ferait le plus grand bien »… Pas plus tard que cet été, j’ai entendu de la bouche d’une jeune grand-mère qui répondait à une de mes amies en train de décrire le comportement d’un petit garçon hurlant sur sa maman à la sortie de l’école : « une bonne grosse claque devant ses camarades, et il se tiendra à carreaux »… Alors voici une petite piqure de rappel : (extrait de mon article « une éducation bienveillante n’est pas une éducation laxiste »)

« le recours aux châtiments corporels (claques, fessées, bousculades, empoignades, pincements…) ainsi qu’aux cris sont particulièrement DÉLÉTÈRES pour l’enfant et de plus, parfaitement INEFFICACES sur le moyen et long terme (même si, évidemment, sur le moment le parent peut trouver cela efficace, puisque l’enfant tétanisé par la peur, cessera immédiatement “sa crise”). Mais cette peur et ce stress engendrés vont empêcher l’enfant de comprendre son erreur, d’apprendre à la réparer et évidemment d’améliorer son comportement. En outre, ces pratiques sont génératrices de colère, d’incompréhension, de ressentiment et altèrent considérablement la confiance de l’enfant envers son parent et envers lui-même. Or lorsqu’on sait qu’une éducation harmonieuse repose sur la qualité du lien parent/enfant, on peut bien comprendre la nocivité d’un tel comportement parental. »

 L’enfant apprend ce qu’il vit… 

Je conclurais par ces quelques lignes, de Dorothy Law Nolte, traduites en français (« l’enfant apprend ce qu’il vit ») que je trouve tellement justes :

« Si l’enfant vit sous les critiques il apprend à condamner

Un climat d’hostilité lui enseigne à être agressif

Les humiliations le rendront timide

S’il est méprisé il se sentira coupable

Exposé au ridicule il apprendra la méchanceté

Mais un climat de tolérance lui apprend à être patient

Le réconfort et la sécurité lui enseigneront la confiance

Si on l’estime il apprendra à se surpasser

Dans un climat de loyauté il deviendra juste

Si l’enfant sent qu’on l’accepte tel qu’il est

il s’acceptera lui-même et cherchera à se réaliser

S’il vit dans un climat d’amour et de compréhension

Il trouvera des raisons de vivre en découvrant l’amour du monde ».

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2 Comments

  1. Bonjour, Je viens de lire votre article publié sur le blog de Debout Ludo : je le trouve très intéressant. Vous expliquez avec beaucoup de clarté pourquoi et comment prendre en compte les besoins essentiels de l’enfant et l’exemple personnel que vous donnez pour illustrer votre propos, apporte encore la preuve du bien fondé de la démarche éducative que vous défendez. Bravo !! continuez !!….
    Une lectrice, tout à la fois : maman, mamie et psychologue.

  2. Pingback: Entre le bâton et la carotte, je choisis le respect: | Babybaboo

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